Les topoï du roman policier noir chez Sullivan

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Dans ces romans, Vian utilise la discrimination raciale comme moteur des passions, il illustre la spirale de la violence dans une société marquée par ses perversions et affichant un puritanisme écoeurant. Il met donc en scène la ségrégation raciale dans le su des Etats-Unis.

Les contrastes s'affrontent : le puritanisme s'oppose à l'érotisme, la vengeance et la loi du talion se heurtent à la beauté et au luxe. Le topos de la femme est utilisé pour dénoncer une beauté absolue qu'il faut réduire à néant, pour la dévaloriser en mettant en avant la femelle en chaleur, la femme objet de toutes les perversités ou la femme-objet.

Les topoï du roman noir ou ceux du polar sont présents, mais personnalisés grâce à la présence du thème vianesque du double. Si le héros est guidé par son destin ou s'il est un héros-détective, violence et femmes fournissent la matière du récit et sont omniprésentes.

Le Héros

On doit s'accorder sur la signification de ce terme. En effet, dans J'irai cracher sur vos tombes et Les morts ont tous la même peau, il s'agirait plutôt d'anti-héros, c'est pourquoi Lee et Dan ne sont entendus ainsi que parce qu'ils sont les personnages principaux du roman.

Ces personnages marchent vers le suicide : ils sont nés vaincus, voués à l'échec, au malheur, à la mort, malgré leur beauté, leur intelligence. Pour Lee et Dan, la solitude les caractérisent. Ils ont franchi la ligne, ils sont acceptés malgré les doutes de certains, mais ils restent seuls. Cette solitude les mènera droit versla mort puisqe personne ne les aide à découvrir le monde sous un angle différent, ni à réfléchir sur la conséquence de leurs actes.

Rock et Francis sont écoeurants de miellerie et d'autosuffisance. Ils jouent au détective plus qu'ils n'en sont réellement. Le héros-détective et indiférent au charmes féminins, est terni. Seul le machisme, le caractère phallocrate est conservé.

En effet, les héros sullvanesques sont stéréotypés : ils sont beaux, ils on du charme  et sont pour certains intelligents et ils le savent. Seule l'esthétique est mise en avant. Ils n'échappent toutefois pas aux coups de leurs opposants.

La Violence

Elle se révèle essentiellement à travers la sexualité. Celle-ci se caractérise alors par une bestialité, une cruauté sans nom.

"Tout ça je l'ai pensé en une seconde : la seconde d'après, j'étais sur elle et je lui tordais le poignet, et puis, je lui ai aplliqué un coup de poing sur la tempe, de toutes mes forces, parce qu'elle essayait de me mordre : mais j'étais mal placé et je souffrais comme un damné (...) Je l'ai mordu en plein entre les cuisses. J'avais la bouche remplie de ses poils noirs et drus : j'ai lâché un peu et puis j'ai repris plus bas là où c'est plus tendre. Je nageais dans son parfum, elle en avait jusque-là, et j'ai serré les dents. Je tâchais de lui mettre une main sur la bouche, mais elle gueulait comme un porc, des cris à vous donner la chair de poule (...) je me suis lever pour la terminer à coups de pieds."

La violence raciale est également dénoncée

"-Vous êtes bizarre, dit-elle. Je déteste les Noirs.

-Ca vous fait toujours autant d'effet de coucher avec un homme de couleur ? (...) Parce que pour ma part j'en ai plus d'un huitième. (...) Alors, je lui ai tout raconté ; enfin toute l'histoire du gosse, comment il était tombé amoureux d'une fille, et comment le père et le frère de la fille s'était occupés de lui ensuite..."

La Femme

Souvent vue comme un objet de plaisir. CE plaisir sadique qui répond à l'idée de vengeance :

"Il me fallait un gros morceau, et, dans la bande de Deter, je trouverais sûrement ce que j'espérais, depuis que je rêvais du gosse toutes les nuits."

Les rares apparitions d'une femme plus indépendante n'existent que pour mieux la dénigrer :

"L'odeur de Sally - l'odeur d'Ann - elle en était encore imprégnée. Je sentis mon corps se durcir. Je lâchais ma chemise et je promenais mes mains sur mon visage. L'odeur était presque dissipée, mais elle restait là, vague et forte, cependant, et je revoyais Ann et Sally, et l'enchevêtrement de nos corps dans le sous-sol humide du bistrot de Harlem. A côté, dans la chambre, Sheïla dormait. Je ne m'étais jamais demandé si je la trompais en satisfaisant mes désirs avec les filles de chez Nick..."

Si elle n'est pas toujours la cause du malheur, la femme représente toujours le mal sous toutes ses formes.

La Ville

Le cadre de l'action est floue : J'irai cracher sur vos tombes, ou imaginaire : Et on tuera tous les affreux, voire inexistant. L'action n'évolue pas dans le lieu mythique qu'est la ville pour le polar, quaf pour Les morts ont tous la même peau. Dans ce cas, il s'agit de souligner l'abandon du héros, soulever sa perte.

La touche Vianesque

Le thème du frère, du double, est présent dans les différents romans de Boris Vian que nous avons présentés. Lee et Dan ont un frère, Rock Bailey est toujours accompagné de son ami Gary, et il évolue dans un monde où le clonage règne.

La quête désespérée d'une liberté, d'un monde meilleur est illustrée différemment dans les oeuvres signées Vian de celles signées Sullivan. L'Ecume des jours révèle un monde où l'argent est roi, L'arrache-coeur met en scène des enfants que le pouvoir d'imagination libère de l'emprise maternelle. J'irai cracher sur vos tombes et Les morts ont tous la même peau dénoncent une société d'apparence. Mais, quel que soit le monde dans lequel ils évoluent, les personnages se battent pour retrouver une dignité et un espace de liberté.

L'oeuvre Sullivanesque présente toutes les caractéristiques du roman noir américain dans J'irai cracher sur vos tombes et Les morts ont tous la même peau ; Et on tuera tous les affreux et Elles se rendent pas compte s'apparentent davantage au roman policier noir américain. Ce dernier roman marque la fin de Sullivan et nous intéresse moins puisque la supercherie était avouée depuis deux ans.


Les prochains billets proposeront une réflexion sur les notions de pastiche et de parodie présentées indifféremment chez le lecteurs et nombre de critiques. Cette approche de l'écriture imitative nous permettra une comparaison des trois genres adaptés à partir de J'irai cracher sur vos tombes, c'est-à-dire le roman, la pièce de théâtre et le scénario.

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Je suis charlie

"LA PRESSE FRANCAISE FAIT PREUVE D'UNE PARTIALITE REVOLTANTE ET NE TRAITE JAMAIS QUE DES MEMES SUJETS : LES HOMMES POLITIQUES ET LES AUTRES CRIMINELS" (Vian, of course...)

Auteur, visionnaire... grand homme, à n'en pas douter

Il semble effectivement que les mots doivent toujours se battre pour justifier leur existence. Peut être pouvons nous apprécier simplement la musicalité et les clins d'oeil qu'ils nous livrent.

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