Les techniques narratives du roman policier noir dans l'oeuvre sullivanesque : 2ème partie

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le Narrataire

Pour s'adresser au narrataire, le narrateur n'hésite pas à utiliser la technique des parenthèses, afin de ne pas créer de rupture directe. Le plus souvent, il s'agit d'indications scéniques.

Le cadre des récits reste sans importance et, comme tous les décors américains, il se caractérise par une profusion de détails. Les lieux sont fictifs - sauf pour Et on tuera tous les affreux - et leur fonction s'apparente alors à celle d'un décor de théâtre. Ainsi, les femmes qui appartiennent à ce décor sont dépourvues de toute personnalité.

Dans le roman sus-nommé, B.Vian a travaillé en s'appuyant sur une carte de Los Angeles. Cependant, certaines recherches constatent que les noms des rues n'existent pas. Il s'agit donc de créer une illusion du réel. De plus, la verve initiale de Vernon Sullivan se tarit, l'imitation du roman policier noir affiche sa volonté pastichielle plus clairement ; afin de sauver Vernon Sullivan, cette énième supercherie s'avérait nécessaire.

Pour Vernon Sullivan, il faut dénoncer le problème noir, l'indifférence des lieux accentuent la généralité de ce problème sociologique. On note alors une première distinction qui sépare l'oeuvre sullivanesque en deux ensembles thématiques et chronologiques : J'irai cracher sur vos tombes, Les morts ont tous la même peau et Et on tuera tous les affreux, Elles se rendent pas compte. Si, tous sont des supercheries, le premier groupe s'apparente au roman policier noir alors que le second ensemble semble une parodie du genre policier noir américain.

Système d'énonciation

L'ensemble de l'oeuvre sullivanesque emploie des phrases brèves, ce qui lui confère un rythme rapide. Les temps du discours contribuent à l'accélération de la narration et l'utilisation du présent permet d'en souligner l'issue incertaine :

"J'attends. Il attend. Ils attendent. Tout le monde attend(...) Je démarre tout doucement (...) je vois le taxi d'Andy Sigman se mettre en branle."

Dans J'irai cracher sur vos tombes, on remarque une alternance des temps du récit et du discours :

"Je crois que j'étais là depuis quinze jours lorsque j'ai commencé à m'embêter (...) Je pris mon chapeau (...), j'allai directement au drugstore."

Ce changement permet aussi une action plus lente que dans le précedent. On note également l'influence des romans noirs de J.Cain : Le facteur sonne toujours deux fois, de H.McCoy : On achève bien les chevaux. Le premier de ces romans est construit à partir d'une gigantesque analepse, quant au second, un système de flash-back le caractérise.

Style et Tonalité

Le style employé trahit le véritable auteur de ces romans. Ainsi en est-il des comparaisons, ou des métaphores : "le groupe des minables comporte une série d'avortons à faire tourner le lait d'une vache texane" ou, "Ca lui va biencomme rien du tout sur la Vénus de Milo", "Elle avait une ligne à réveiller un membre du Congrès". Ces comparaisons trouvent leurs racines dans le cadre même de la narration.

Si dans Et on tuera tous les affreux, la pause est descriptive, dans J'irai cracher sur vos tombes et Les morts ont tous la même peau, c'est la tonalité monotone et sèche qui traduit l'arrêt en trahissant l'ennui du narrateur : "Cela a continué comme cela jusqu'en septembre".

Dans ses romans, Sullivan se fait fort d'utiliser un langage argotique afin de correspondre au genre noir : "Ca empêche les gens de venir fourrer leur vilain blase dan le quartier", "Fous le camp, je te dis".


Analyse Littéraire écriture polar Roman Policier Noir

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Je suis charlie

"LA PRESSE FRANCAISE FAIT PREUVE D'UNE PARTIALITE REVOLTANTE ET NE TRAITE JAMAIS QUE DES MEMES SUJETS : LES HOMMES POLITIQUES ET LES AUTRES CRIMINELS" (Vian, of course...)

Auteur, visionnaire... grand homme, à n'en pas douter

Il semble effectivement que les mots doivent toujours se battre pour justifier leur existence. Peut être pouvons nous apprécier simplement la musicalité et les clins d'oeil qu'ils nous livrent.

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