Les techniques narratives du roman policier noir dans l'oeuvre sullivanesque : 1ère partie

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Les quatre romans publiés sous pseudonyme sont transmis à travers un "je protagoniste".

Le personnage-narrateur

Le personnage ne se décrit jamais, mais il se fait "voir" ; ainsi dans Les morts ont tous la même peau, Dan donne une description de son physique par le biais d'un miroir :

"En face de moi, un type solide de trente-cinq ans à peu près, large et bien portant, me regardait. Rien à dire à ce type. Il était blanc sans aucun doute."

L'utilisation de la troisième personne permet au personnage de s'observer, de se distancier, de mettre en avant raciales qui l'obsèdent.

Par l'utilisation de la technique de la traque/cavale, l'auteur permet à son personnage sujet de devenir objet. Le personnage n'agit plus, il réagit. Il n'a pas le temps de se retourner sur ses problèmes, c'est pourquoi seuls les autres le perçoivent et partagent alors leur perception. Ainsi, l'introduction d'un autre personnage, d'un autre regard, n'est pas totalement innocente, elle permet de flatter l'égo des protagonistes : Lee Anderson se laissent admirer par des jeunes filles et il s'en satisfait.

Ce personnage se fait également entendre :

"Il y a quelque chose en vous qu'on ne comprend pas bien. Votre voix."

La technique du miroir, visuel ou auditif, permet de connaître le personnage, dresse un portrait physique et moral du protagoniste, révèle ses secrets.

Le sens olfactif s'offre :

"Ce sale nègre. Richard (...) Et il sentait mauvais." Chez Dan , l'odorat est l'une des formes de l'expression de sa haine raciale. Ce sentiment a évolué avec son passage de la ligne : "Cinq années passés (...) sans qu'ils se doutent qu'un sang mêlé, qu'un homme de couleur, leur cassait la figure tous les soirs. Oui, au début ça m'excitait (...) J'étais blanc. J'avais épousé une femme blanche. J'avais un gosse blanc."

On remarque une opposition entre Lee et Dan, personnages principaux des deux premiers romans sullivanesques, face à l'ensemble de la population romanesque. Ce contraste est moins frappant pour Rock et Francis, personnages principaux des deux derniers romans.

"Le lecteur de Sullivan est ainsi mis dans la peau faussement blanche du Noir Lee Anderson, caresse, possède, tue avec lui de participation bouleversante et d'implication fascinante dans les scènes de sexe ou de violence."

Tous les sentiments émanent d'une même conscience, les présentations des autres personnages sont donc fortement tributaires de la perception et de l'état d'esprit du personnage principal.

On remarque alors la révélation du nom de Lee et Dan se fait attendre, la rpésentation est moins liée aux personnages qu'aux circonstances qui la provoquent : "Pour ces morveux, un type de vingt-six ans, c'est un vieux (...) Je suis Lee Anderson". Dans se révèle pour son prénom dès le début du roman, son patronyme n'apparaît qu'avec l'entrée en scène de sa femme. En revanche, Rock Bailey dresse rapidement son portrait, dès le début de sa narration : "surtout quand on pèse soixante-dix kilos et qu'on a  six pieds deux pouces"

Les présentations sont donc lapidaires. Le lecteur ne connaît du narrateur que ce que ce dernier est disposé à lui en dire, ou ce que l'on pourra deviner à travers les actes de chacun.

Lee et Dan sont trop impliqués dans les affaires bouleversantes pour prendre le temps d'analyser la situation qu'ils vivent. Ils se caractérisent par une tendance à l'introspection. A contrario, Rock jouit pleinement des instants présents et aime noter chacun de ses sentiments :

"Je me sens encore plus humilié que si c'était un thermomètre"

Les personnages sullivanesques n'ont aucun moyen de savoir ce que l'avenir leur réserve, ils peuvent seulement craindre ou espérer échapper aux situations pénibles dans lesquelles ils se jettent.

On note dans Et ontuera tous les affreux, un changement de point de vue. Le personnage-narrateur du début de l'oeuvre se transforme en un narrateur omniscient. En effet, afin de livrer au lecteur tous les renseignements que Rocky ignore puisqu'il ne se trouvait pas sur les lieux, le récit est dirigé par un narrateur inconnu du lecteur :

"... je passe la parole à Gary qui préfère vous raconter la suite à sa manière. Pas exactement la suite, à vrai dire, puisqu'il vous dira ce qui se passe quand Defato et l'ambulance quittent le Slammer (...) Tout ça se sont des tuyaux que Defato lui a donnés (...) Quellques instants plus tard, il setrouvait dans son bureau et donnait des ordres d'une voix dure."

Ce passage met en évidence le problème du narrateur. Qui parle réellement à cet instant ?

"Ce phénomène narratif [est ce que] Genette [désigne par] le terme d'excès d'informations, pour désigner un renseignement inaccessible au porteur de la vision".

On peut également parler d'un narrateur homodiégétique qui peut rendre compte non seulement de ses propres impressions mais aussi de celles du personnage principal et des autres protagonistes.

Le point de vue du narrateur permet d'assimiler la femme à un objet :

"je suis forcé de me rendre compte que cette fille-là, elle se laissera pas faire comme ça" ; "J'avais toutes les filles les unes après les autres, mais c'était trop simple, un peu écoeurant".

Les femmes font partie du décor.

Nous sommes donc bien face à une focalisation externe que C-E Magny nomme "behaviourisme" comme nous l'avons vu précédemment.


Analyse Littéraire polar Pastiche/Parodie/Canular écriture Roman Policier Noir

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Je suis charlie

"LA PRESSE FRANCAISE FAIT PREUVE D'UNE PARTIALITE REVOLTANTE ET NE TRAITE JAMAIS QUE DES MEMES SUJETS : LES HOMMES POLITIQUES ET LES AUTRES CRIMINELS" (Vian, of course...)

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