Le roman noir américain : Faulkner, Caïn, Tracy, McCoy

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Le roman noir est la source du roman policier noir, tant par les techniques que par les topoï utilisés. Il est représenté par des auteurs tels : Faulkner, Caïn, Don Tracy, Mc Coy... En effet, le roman policier noir intègre un suspens, une attente, alors que le roman noir insiste davantage sur la "couleur locale", l'ambiance d'un pays, les coutumes, les attitudes d'une famille, la banalité du quotidien.

Le roman noir met en scène des personnages marqués par le destin : ces personnages courent inexorablement à leur perte. Ce sont des "losers". Chacun de leurs gestes s'inscrit dans un engrenage. Ces romans dénoncent la déchéance de la société américaine ; violence et corruption règnent dans un monde qui ne différencie plus le bien et le mal.

William Faulkner (1897/1962) : Santuary (1933)

"[Ses] romans n'offrent d'autre alternative que la prison ou la mort", "le Bien correpond aussi à des valeurs humanistes, et le Mal, surtout dans Sanctuary, correspond aux conventions du roman noir : la société y est corrompue, le procès est une parodie de justice"

Dans ce roman, Temple Darke, une jeune étudiante aux attitudes lascives, s'échappe de son dortoir pour sortir avec son ami Gowan Stevens. Ce jeune homme qui se considère comme appartenant à la bonne société, ne peut s'empêcher de partir en quête d'alcool. Cette escapade les mène dans un endroit sombre et sordide, habités par des truands. Popeye, voyeur impuissant, violera puis séquestrera la jeune fille. Lorsque celle-ci s'éprendra du jeune Red, Popeye l'éliminera. Horace Benbow, un avocat, retrouvera Temple, anéantie par la prise de substances narcotiques, dans une maison close. Lors du procès intenté par le père de Temple, la jeune fille sera psychologiquement absente et ne se remettra jamais des conséquences de sa fugue..

L'écriture de ce roman révèle le dérèglement. En effet, le viol de Temple n'est pas écrit, il se laisse deviner au fil du texte à l'aide de rappels constants mais partiels. Le récit interrompu crée ainsi un sentiment de vide. Le silence est l'image du crime. Cependant cette interruption permet au récit de se construire. Le lecteur déchiffre, interprète et déduit l'acte.

L'action de l'avocat ne permet pas d'endiguer la corruption de la société dans laquelle les personnages évoluent. Benbow devient le symbole de l'impuissance des représentants légaux à faire appliquer la loi à l'époque de la prohibition. La violence criminelle est essentiellement une violence sexuelle. Le crime se présente comme crime passionnel : Popeye admire, contemple la beauté de la jeune Temple : "[il] a l'inhumanité d'un vilain archétypal, incarnation gothique du mal à l'état pur. En revanche la silhouette de Red relève de contextes à la fois comiques et modernistes."

James Cain (1892/1977) : Le facteur sonne toujours deux fois (1934)

James Cain fait franchir un nouveau palier au roman noir américain. Au détective privé, au policier officiel qui dominait jusqu'alors la production romanesque, il oppose des personnages simples sans attache, sans conscience morale que les circonstances amènent au crime : "[ses] héros semblent se précipiter vers leur propre destruction mais sans pouvoir le percevoir eux-mêmes très clairement"

Ainsi, , Franck, jeune homme libre et sillonnant le pays, s'arrête à la "Traverse des Chênes-Jumeaux" où il rencontre Cora Papadakis, serveuse et femme de Nick Papadakis, propriétaire des lieux. Franck et Cora tombent éperdument amoureux l'un de l'autre et tentent à deux reprises de se débarasser du mari de la belle afin de vivre pleinement leur amour. Ce projet mené à terme, ils se rendent à une station balnéaire où Cora mourra noyée. Franck sera accusé d'avoir prémédité les deux meurtres et sera condamné à la peine capitale.

"Cora renvoie à la tradition des grandes séductrices qui aspirent l'homme dans la sphère de leur pouvoir pour le vider de son énergie vitale. Franck, en revanche, entre dans la catégorie des aventuriers naïfs que la passion physique pour une femme conduit à la déchéance."

Dans ce roman, l'auteur montre comment une rencontre inattendue mène à une passion sexuelle et à un crime monstrueux. La lente et inexorable marche du destin orchestre ces éléments. Le tragique soulevé précédemment prend forme.

Le récit homodiégétique en focalisation interne adopte la forme du discours. Le narrateur utilise un langage direct et laisse au lecteur l'impression d'être le confident. La fin du roman assimile la confidence à la confession, transforme le lecteur en "prêtre", dernier personnage cité par le narrateur, seul détenteur de la vérité et du pardon.

Don Tracy (1905/1976) : La bête qui sommeille (1937)

Il est l'un des auteurs les plus noirs. Ce roman met en scène un lynchage et l'émasculation du nègre qui a violé une prostituée blanche.

Par une journée glaciale, Jim, un jeune nègre, à la "peau très noire" se fournit un gallon de whisky de maïs ; il boit, se saoule. Sur la route, il découvre de loin Kitty, une jeune prostituée ; il se rue sur elle ... LEs habitants de cette petite ville du Sud découvrent rapidement l'auteur de ce crime et organisent une battue. Jim est découvert, emprisonné, lynché puis émasculé.

La force de l'auteur est de dénoncer le racisme du  sud de l'Amérique, mais également d'éveiller chez le lecteur "la bête qui sommeille" ; le lecteur est fasciné, envoûté par la narration. Le récit est vif et le rythme haletant. La technique de l'ellipse est utilisée, le silence entoure la scène du viol, le premier crime, ainsi que l'émasculation. En revanche, ce silence se déchire doucement face au lynchage, la montée de la haine raciale est décrite dans ses moindres détails.

Jim ne paye pas pour avoir violé et tué une prostituée, mais pour avoir osé toucher une femme blanche : "la représentation du corps de dames blanches, dans l'idéologie sudiste, correspond au corps "classique" inspiré de la statuaire antique : corps lisse, froid, pur, sans orifices. En revanche le corps des femmes de basse condition ou celui des femmes noires est "grotesque", carnavalesque, béant, adonné à l'ingestion, l'élimination, la copulation, la reproduction..."

Don Tracy, comme William Faulkner dans Lumière d'Août , dénonce la violence ancrée dans la société et apparemment cautionnée par les autorités. Dans le roman, le shérif contact "trop tard" l'armée, pour contenir la foule sauvage.

Horace McCoy (1897/1955) : On achève bien les chevaux (1935)

McCoy fut considéré "comme le vrai nihiliste de l'école hard-boiled, un chantre du néant". Il a mis en scène les personnes de modeste condition auxquelles l'Amérique a fait miroiter son rêve d'idéal. Ainsi ces romans sont un constat amer, un véritable réquisitoire contre l'ordre établi. Cette oeuvre fut censurée, mais reste un chef d'oeuvre du roman noir américain.

Robert rencontre Gloria, jeune désoeuvrée, au tempérament dépressif. Celle-ci lui propose de participer à un marathon de danse : "Repas et lit gratuits tant qu'on tient le coup et mille dollars si on gagne". Chaque jour est un défi à relever, il faut tenir, espérer un mécène. Robert découvre peu à peu le désespoir qui guide Gloria et, un soir la tue pour lui rendre service, comme elle le lui avait demandé.

Les personnages de McCoy apparaissent comme des marginaux entièrement orientés vers le néant. Ce roman adopte la même technique narrative que Le facteur sonne toujours deux fois ; narration à la première personne en focalisation interne est une rétrospective du drame, ponctuée de la décision du jury : "La force de McCoy réside dans la précision avec laquelle il cisèle le monde qui doit disparaître (...) La mort (...) ne veut rien dire, mais vient comme un soulagement, puisque personne ne voit plus de raison de rester en vie".

Gloria incarne cette fascination pour la mort, son esprit est uniquement centré vers la mort, amoureuse du néant. Elle vampirise Robert pour qu'il la délivre et elle le mène ainsi à sa propre perte.

Les personnages de McCoy se posent comme de véritables martyrs du mode de vie américain.

RomanNoir oeuvre de référence écriture

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