Le roman policier noir : Hammett, Chandler, Chase

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Tous les topoï des romans de Hammett sont présents chez Chandler : la ville et ses contradictions, les dialogues laconiques et argotiques, la violence, la corruption de la société. Chase saura quelques années plus tard imposer son style.

D.Hammett (1894/1961) : Le Faucon de Malte (1930)

"Dans les romans de Hammett on  trouve des conspirations, mais elles n'ont rien de mystérieux. Elles font partie de la violence quotidienne de toute ville corrompue".

L'intrigue débute par la mort de l'associé de Sam Spade : Miles Archer. Brigid O'Saughnessy était passée la veille demander l'aide des détectives. Suite à l'accident, Spade mène l'enquête à travers les bas fonds de la ville. Il rencontre nombre de truands et découvre que ceux-ci se disputent la statue d'un Faucon de Malte. Elle serait la preuve historique de l'existence d'une antique civilisation et remettrait ainsi en cause certains fondements historiques. Une fois de plus, il s'agira d'une coupable, d'une femme à la beauté assassine : Brigid, que Spade livrera à la police.

"Sam spade manipule avec une froideur cynique les différents criminels qui se disputent le faucon, et, contrairement à Marlowe, son attitude envers les femmes est en désaccord total avec lespréceptes de l'amour courtois".

Hammett a fait le choix d'un narrateur homodiégétique, caractéristique du genre, afin d'établir les conditions d'un pacte de confiance : "Le secret de Hammett (...) réside dans la contradiction entre la violence et le froid détachement de l'écriture qui l'enregistre. Cette écriture n'est pas seulement témoignage d'une libération des instincts. Il règne chez Hammett une espèce de sensualité fatiguée qui atteint les êtres et les choses". Grâce à la légèreté de son écriture, il va immédiatement à l'essentiel, utilise un langage familier comme moyen d'expression fondamental et non comme élément de "couleur locale" ou d'humour. 

Son attachement au rythme des mots et sa concision lui permettent d'exprimer la neutralité du monde, la vacuité de son matérialisme et le néant dans lequel tous les événements semblent se dérouler... Hammett parvient ainsi à donner une dimension physique et un sentiment d'urgence. Il s'approche quasiment du rythme réel de l'action : "Le héros de Hammett est complètement extériorisé, les monologues intérieurs n'ont aucune place dans son univers. Il a un code de conduite et ne cherche pas à faire le bien ; parfois il est difficile de le distinguer des criminels qu'il pourchasse. Marlowe, au contraire, est immanquablement chevaleresque, un personnage exalté et de plus en plus amer. C'est un homme qui perçoit l'inutilité de sa propre bonté."

R.Chandler (1888/1959) : Le grand sommeil (1939) 

"Les intrigues emberlificotées à l'extrême constituent sa marque de fabrique. En effet, pour lui, ce qui est primordial, c'est moins une suite logique d'événements que le récit, ponctué de scènes de la lutte d'un homme honnête au sein d'une société pourrie". Il s'agit de l'oeuvre la plus complexe de Chandler.

Le Général Sternwood, retraité, convoque Marlowe pour enquêter sur le chantage dont il est victime. Marlowe, pour les besoins de l'enquête, se rend chez un libraire Geiger. Peu de temps après celui-ci est assassiné alors qu'il photographiait Carmen Sternwood nue et droguée. Il aurait été tué par l'ex-amant de cette dernière, lequel sera retrouvé mort peu après. L'amant de la secrétaire de Geiger subtilise les photographies de Geiger afin de faire chanter Vivian, la soeur de Carmen. Pris pour l'assassin de Geiger, il sera éliminé. Marlowe doit retrouver les liens unissant chaque personne afin de découvrir les raisons de la disparition du gendre de Sternwood. Carmen, la nymphomane, femme-enfant, est la responsable. Pourtant, Marlowe n'en dira rien ni au père, ni à la police.

"Dans Le grand sommeil, c'est la nymphomanie de Carmen qui motive le crime. La brutalité des personnages est soulignée par de multiples références au monde animal ou à celui des objets... Ces comparaisons mettent en évidence le décalage entre l'apparence et la réalité. L'écriture frôle le non-sens."

"La vanité féminine en tant que mobile de meurtre est un thème constant d'inspiration chez Chandler. Dans ses romans les femmes sont des objets"

Marlowe n'éprouve que dégoût face à la chair étalée ; pour lui, la sexualité de Carmen est liée à la mort, ce qui littéralise le cliché de la femme fatale. Il reconnaît son inefficacité mais ne renonce pas à sa quête.

Dans son oeuvre, Chandler réunit tous les éléments de la dramaturgie hollywoodienne : fréquents changements de scène, alternance des décors intérieurs et extérieurs, structure "ouverte" des histoires, personnages aux contours nettement définis, dialogues vifs, incisifs, spirituels.

J.H Chase (1906/1985) : Pas d'orchidées pour Miss Blandish (1939) 

Le récit ne s'attache pas à suivre un acteur central mais porte son intérêt sur les situations où le fort écrase le faible ; dès lors se déclenche un déluge de violence et de cruauté, n'épargnant aucune description.

"L'écrivain donne souvent l'impression de construire ses romans comme des représentations, des conflits essentiels de la vie psychique, enracinés dans l'enfance, auxquels il donne un tour aigu et dramatique (...) ce sont généralement les femmes (...) qui (...) catalysent ces dérèglements psychiques qui entraînent la mort".

La bande Grisson déroute une bande concurrente qui venait d'enlever Miss Blandish et de tuer son compagnon. Slim Grisson, être dégénéré, s'éprend de la jeune fille et force sa mère, femme sanguinaire à l'allure d'androgyne et dont le portrait met en évidence son appétit de pouvoir et son refus de s'en laisser compter par les hommes, à garder la jeune fille. Pour l'un, Slim, elle représente un corps à souiller, et pour l'autre, Mam, elle vaut quelques milliers de dollars. Miss Blandish sera droguée afin de satisfaire les envies de Slim. Alors que les recherches s'engouffrent dans une impasse, un détective, Fenner ancien journaliste, réussit à démanteler le gang et à soustraire Miss Blandish des mains de ses ravisseurs.

"L'orchidée évoque à la fois la décomposition des chairs et la débauche nauséabonde d'une sexualité féminine débordante".

Le coup de théâtre sert l'un des procédés chasiens les plus explicites ; il permet un renversement et un déblocage de la situation. Avec Slim, personnage essentiel du roman, Chase met en scène un prototype de tueur fou, un psychotique. On remarque toutefois un hypotexte à peine déguisé : Sanctuaire, de Faulkner.


Analyse Littéraire RomanNoir oeuvre de référence polar

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"LA PRESSE FRANCAISE FAIT PREUVE D'UNE PARTIALITE REVOLTANTE ET NE TRAITE JAMAIS QUE DES MEMES SUJETS : LES HOMMES POLITIQUES ET LES AUTRES CRIMINELS" (Vian, of course...)

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