Les topoï du roman policier noir

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Si, structure et style ne sont pas le fait de tous, on peut néanmoins reconnaître le polar aux topoï -motifs récurrents dans la littérature- qu'il aborde.

Non seulement son héros est homme d'action ce qui permet à l'auteur de situer l'histoire de préférence dans une grande ville ou, pour le moins, un lieu dont la tranquillité ou la couleur politique le distingue nettement. Mais le lecteur s'attend à trouver des rapports de force entre le personnage principal ou tout simplement une violence gratuite. Cette brutalité engendre souvent la mort et, chez certains auteurs de romans policiers noirs elle est annoncée par la présence d'une femme. Dans ce genre considéré machiste, voire phallocrate, la femme, lorsqu'elle joue un rôle important dans la fiction, est une garce, une nymphomane. Nous remarquerons toutefois l'appartenance de certaines œuvres au courant noir, bien que les fonctions de "privé" ou de policier en soient quasiment absentes, ou d'une présence fort discrète.

Le héros

Alors que Hammett embrassa la carrière de détective avant de se lancer dans la rédaction de roman policier, c'est Chandler, dans sa défense du roman policier, qui dresse le portrait du détective : "il est relativement pauvre sans cela il ne jouerait pas les détectives ; c'est un homme du peuple sans cela il ne saurait s'entendre avec les gens du peuple ; i la du caractère sans cela il ne serait pas de taille à connaître et à faire ce métier. Il n'acceptera ni pots-de-vin ni rebuffade de qui que ce soit sans réagir comme il convient. C'est un solitaire et il tire sa fierté de ce que vous le traiterez avec le respect (...) Il parle comme un homme de son âge (...) a le sens du ridicule, les faux-semblants le dégoûtent, et il méprise toute mesquinerie. Il doit être un homme d'honneur."

Généralement le policier est un personnage conventionnel avec lequel le "privé" entretient des relations plus ou moins tendues. Le détective ne leur livre pas une guerre franche car il sait qu'il est souvent utile d'"avoir un policier dans son jeu". Lorsqu'il est le protagoniste du roman, le "privé" est l'unique détenteur de la vision du monde, bien qu'il cherche avec et devant nous les responsables des méfaits. Il paraît dès lors comme un témoin impuissant face à la dégradation de la condition humaine.

Notons que le héros peut également être un personnage quelconque tel un assureur chez Cain. Il peut assumer la fonction de journaliste.

Le roman noir est fasciné par la mort, il met en scène ordre et désordre, la transgression des règles : "des héros qui subissent un destin plus fort qu'eux, à la dimension tragique évidente".

La ville

Certains critiques ont associé la ville des romans policiers noirs à Sodome et Gomorrhe : "ville du péché, cité des putes, capitale du sexe, royaume de l'esbroufe". Dans ces romans, la ville est représentée par la moindre structure organisée. Elle est essentiellement dénoncée.

Le protagoniste bouge sans cesse dans un milieu urbain ; ce qui lui permet de côtoyer toutes les classes sociales. Le roman noir s'avère alors un roman de société, il permet "la découverte des rouages socio-économiques et politiques de la société". Lacombe constate qu "dans de très nombreux romans noirs, la ville est l'endroit privilégié qui cristallise et explicite les conflits. (...) La ville est une structure de rapports humains qui stigmatise une dépendance économique. La ville est l'endroit privilégié de l'argent".

Dès le XIXème siècle dans le roman français, ce topos apparaît. La ville est littéralament exibée. On dénonce sa corruption, ses guerres de pouvoir. Si elle demeure le lieu dans lequel évoluent les protagonistes, elle n'en est pas moins celui dans lequel ils se perdent tant physiquement que moralement.

Ce vagabondage s'apparente à une nouvelle quête, un voyage initiatique. La véritable recherche peut être tout simplement la solution de l'énigme, ou plus globalement une quête sur le genre humain et sur soi en particulier.

La violence

Elle est inhérente aux raisons et aux maux soulignés précédemment : "[elle] est un état de fait. Le milieu américain a toujours privilégié "l'agressivité", qu'elle soit viscérale et maladive, endémique, raciste ou liée au profit".

Elle se révèle dans les mots, par l'utilisation de l'argot, met en scène tabassages, viols et meurtres : "Le meurtre est l'acte parfait permettant la réactualisation du milieu ambiant (...) le crime devient une forme de stratégie visant à inclure la violence dans les réflexes quotidiens".

Elle passe également par la corruption, l'argent permet tout et en particulier d'acquérir le pouvoir. Elle est le reflet du mal-être de la société, ancrée dans la mentalité, les traditions, c'est un "mode de vie ; avant de se lancer dans l'action, le héros va supputer ses chances face aux aléas de la justice individuelle". Cette brutalité, cette cruauté, dénonce un besoin d'extérioriser. Les personnages masculins s'échauffent violemment, les personnages féminins acceptent deux rôles fort différents.

La femme

La mère, ou la garce. Bien souvent elle annonce les problèmes, devient la cause de meurtres ou la victime d'enlèvements (Chandler, Chase). Elle sème le malheur. L'image de la femme apparaît alors très primitive : elle s'assimile à l'Eve biblique qui déchaîne amour et colère.

Dans le roman policier noir, elle représente cependant un érotisme fondamental. Son apparition se décline sur les modèles de la femme : fatale, mère ou enfant.

La lascivité de certaines femmes est le signe de leur perversité, du mal. La femme est éminemment castratrice, sa beauté est obligatoirement mortelle : "l'éros se mêle à la mort sous le masque du sadisme".

Le corps de la femme blanche a plus de valeur que celui de la femme noire, souvent désignée parle terme de "mulâtresse". On doit cependant remarquer que les scènes dites érotiques sont moins éloquentes, moins explicites que toutes les scènes de fusillades, tortures ou coups de couteaux, fréquentes dans le roman noir. 

Le style hard-boiled apparaît excessivement discret lorsqu'il s'agit du comportement sexuel.

Ainsi, un auteur tel Chandler sera indexé par le puritanisme excessif, la presse remarque le caractère "obscène dans son roman : Le grand sommeil. Il a mis en scène une femme-enfant, une nymphette, qui ne recule devant rien ; Carmen est capable de poser nue sans aucune pudeur autant que de tuer de sang-froid.

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"LA PRESSE FRANCAISE FAIT PREUVE D'UNE PARTIALITE REVOLTANTE ET NE TRAITE JAMAIS QUE DES MEMES SUJETS : LES HOMMES POLITIQUES ET LES AUTRES CRIMINELS" (Vian, of course...)

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