La "parodie" dans le roman policier noir (1)

Les romans de Vernon Sullivan sont toujours présentas comme des parodies, des pastiches ou, plus simplement, comme des canulars de Vian. Si, nombre de critiques s'accordent pour dénoncer la parodie, on s'aperçoit, grâce à la théorie de Genette, que cette appellation est malheureuse. Le terme "parodier" signifie étymologiquement : chanter à côté ; "ôdé", le chant et, "para" traduisant l'idée d'être le long de, à côté de. La "parôdia" est donc la déformation, la transposition d'une mélodie.

Nous proposerons une classification de ces oeuvres n nous appuyant sur Palimpsestes. L'utilisation du pseudonyme motive notre choix puisque nous avons déjà soulevé l'importance de cette pratique en France, dans l'unique souci d'être édité et surtout, lu. Le pastiche du roman policier noir américain apparaît comme une évidence dans les années 40. On remarque que la pratique de l'hétéronyme pose le problème non seulement de l'identité du créateur mais aussi, dans notre analyse, le problème de l'identité vianesque.

Plagiat ou influence ?

Dans son travail critique, C.-E. Magny remarque que le genre policier n'est pas vierge de toute imitation, ainsi :

"Même dans les récits de "goût américain" de James Hadley Chase ou de Raymond Chandler, où le détective vous est présenté comme un "dur de dur" et où l'on s'attendait en conséquence à un être humain un peu haut en couleur, nous n'avons guère affaire, la plupart du temps, qu'à des policiers grisâtres que rien même ne vient distinguer des bandits qu'ils combattent, et qui sont visiblement des copies affadies du Spadeou du Ned Beaumont de Hammett".

L'imitation, pratique courante dans le roman policier noir américain s'accompagne également de l'utilisation d'un pseudonyme. Ainsi, Schweig constate :

"James Hadley Chase (...) mélange Sanctuaire de Faulkner à L'histoire de Ma Barker et réussit un savoureux mélange : Pas d'orchidées pour Miss Blandish. Il triture Le Facteur sonne toujours deux fois de James Cain et en extrait Tirez la chevillette (...) Faux romancier noir américain (...)"

De plus Chase signifie « poursuite », le vrai patronyme de l'auteur est : René Brabazon Raymond. Mais, il reconnaît l'hypotexte qui lui offrit le succès :

« Un jour j'ai été frappé par l'extraordinaire succès d'un roman : Le facteur sonne toujours deux fois, de James Cain, qui est devenu un classique. Je l'ai lu et je me suis dit que je pourrais essayer d'écrire moi-même quelque chose dans ce genre. Ce fut Pas d'orchidées... »

Nous ne pouvons que remarquer la similitude des faits qui ont amené Chaser et Vian à l'écriture sous pseudonyme : un auteur de référence, le succès et la certitude d'écrire «facilement » dans ce genre.

C.E Magny met également en évidence les techniques communes au cinéma et au roman américain. Elle constate que cette nouvelle littérature profité au renouveau de la littérature française :

« De cette mauvaise conscience du roman français procède sans doute le besoin,en soi parfaitement légitime de se renouveler par l'imitation des écrivains étrangers et la préoccupation sans cesse grandissante de problèmes techniques auxquels on n'avait guère songé chez nous jusqu'à ces dernières années. »

Le roman français subit l'influence du roman noir américain ; ainsi, on remet en question des techniques narratives et de la conception même de la structure du roman. Cependant l'idée plagiat, de l'imitation semble vaine :

« Il est difficile de parler de plagiat ou même d'imitation si on entend par là un processus effectif, ayant eu lieu historiquement. »

Les éditeurs semblent avoir eu quelques problèmes avec cette nouvelle vague littéraire des Etats-Unis.

Durant les années trente, pour vendre un roman policier, il fallait un patronyme à la consonance anglophone. Les auteurs anglais eux-mêmes : Peter Cheney, James Hadley Chase, passaient pour être américain. C'est pour cette raison qu'ils furent considérés comme de véritables modèles du genre policier noir américain, puisqu'ils utilisaient les mêmes topoï.

La « Série Noire » chez Gallimard dirigée par Marcel Duhamel appliquait la politique suivante :

« Premier point : un choix de textes originaux mais parfois déjà édités en France – de qualité ; deuxième point : un ton nouveau dans la traduction, ce qui, dans certains cas, impose une nouvelle traduction d'oeuvres déjà sorties antérieurement ; troisièmement : des titres qui « accrochent » . […] La collection semblait entièrement vouée au roman noir américain et aux parfaites imitations des deux spécialistes britanniques. Il fallut attendre le deuxième trimestre de 1948 pour assister à l'entrée du premier Français à la « Série Noire »

Pour qu'un Français soit édité dans cette collection, un seul moyen semblait possible : l'utilisation de pseudonyme :

« Marcel Duhamel reprit l'idée de la collection « Minuit » en faisant paraître, sous une signature « américaine » des romans écrits par des Français. »

Ces auteurs : Stewart et Amila réinvestissent les topoï des romans noirs et des romans policiers. Ce mélange de : parodie/pastiche fonctionne.

Acception générale des notions de parodie et pastiche

:« Le pastiche est (…) une révérence aux maîtres du genre, un exercice d'habileté mentale et verbale (…) Le genre lui-même n'est pas tourné en ridicule au contraire. [La parodie] exige une connaissance profonde du personnage, imite la familiarité certaine avec l'esprit de son créateur, une légèreté de touche qui atteigne son but sans blesser et une habitude des goûts du public. » (Dutruch S.)

Ces propos révèlent une différence entre la parodie qui serait un travailsur la conception du personnage et le pastiche qui est un eercice de style et un hommage de respectueux au genre, et fondé sur un horizon d'attente. Le pasticheur marque ainsi son admiration pour ces prédécesseurs.

On pense alors aux Exercices de Style de Queneau au travers desquels il raconte quatre-vingt-dix-neuf fois la même histoire différemment. L'objet de la narration est le même mais le style change. Est-ce de l'auto-satisfaction ou de l'auto-dérision, ou simplement un exercice de destruction et de reconstruction ?

Ce rapport de sympathie à l'oeuvre, au genre qui précède l'imitation est présente chez Abastado.

« La parodie opère un travail de « sape » de l'oeuvre qu'elle prend pour cible : inversant les thèmes ou retournant ses mots comme des gants, elle la contrefait ce qui correspond à une négation. »

Abastado ne porte pas un point de vue négatif sur l'oeuvre parodique, mais constate, en remarquant la contrefaçon, qu'il existe un véritable travail d'écriture souligné par l'emploi des termes : « inversant », « retournant », « contrefait ». Ce travail fonctionnerait comme un hommage refoulé, à l'oeuvre source ; s'assimile alors au principe de dénégation qui consiste à nier exactement ce que l'on souhaite être ou obtenir. En effet, selon C.Abastado, la parodie est une négation empreinte d'admiration. L'imitateur détourne consciemment une oeuvre, prétextant sa facilité, mais ne réussit qu'à révéler le respect que ce texte-source lui impose.


écriture Roman Policier Noir Pastiche/Parodie/Canular Analyse Littéraire

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Je suis charlie

"LA PRESSE FRANCAISE FAIT PREUVE D'UNE PARTIALITE REVOLTANTE ET NE TRAITE JAMAIS QUE DES MEMES SUJETS : LES HOMMES POLITIQUES ET LES AUTRES CRIMINELS" (Vian, of course...)

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