L'Arrache-Coeur : Clémentine, une mère passionnée (3ème partie)

Jacquemort, ce viking, reçoit son exacte antithèse avec Clémentine, une mère passionnée. Ce personnage permet de considérer la condition féminine, face à laquelle le portrait d'une mère est en porte-à-faux et révélera l'animalité maternelle et enfantine d'une mère passionnée par sa progéniture.

Dans L'arrache-coeur, la condition féminine est mise à mal. Seules 4 femmes ont présentes : une mercière, deux bonnes et une mère passionnée : Clémentine. La première qui a "effectivement de faux yeux peints sur ses paupières fermées", n'est autre, selon le maréchal-ferrant qu'"une vieille pute". Ces villageoises n'ont en réalité, aucune tenue, à la messe "la chaleur, étouffant, prenait les gens à la gorge, et des femmes dégrafaient leur corsage. Cependant que les hommes gardaient fermées jusqu'en haut leurs vestes noires et leurs cols cassés". La dignité humaine n'est que masculine, tandis que la femme représente la perversion, la tentation, un érotisme sans limité. Dès lors, elle ne peut être respectée et devient un objet à part entière. Les deux bonnes : Culblanc et Nëzrouge en sont l'illustration. Culblanc a vingt ans, elle est "pataude et plantureuse", "les pieds plats, le caraco pesant" ; l'accentuation, la succession d'éléments descriptifs la transforment en femme-objet. Elle-même se considère ainsi puisqu'elle ne cherche que la satisfaction physique. Parler d'unefemme équivaut à tenir un langage trivial. Jusqu'à Clémentine mère de famille passionnée par ses "trumeaux", qui dévoile son corps. Seule et unique différence : l'état d'inconscience dans lequel elle se trouve lorsque Jacquemort ou Angel -son mari- la découvre. Aucune sensualité n'émane de ces femmes ; cela, le maréchal-ferrant l'a bien compris, c'est pourquoi, il a construit la femme idéale : "un merveilleux androïde de bronze et d'acier". La femme n'est perçue que pour la perfection de son corps.

Clémentine, femme d'Angel, assume mal son rôle d'épouse, elle le renie totalement : "-Vous voulez voir votre mari ?... - Oh ! oui (...) Donnez-moi d'abord le revolver" Lorsqu'elle acceptera de le rencontrer, ce ne sera que pour mieux le repousser. Cette haine est le résultat de la grossesse et d'un accouchement difficile. Il n'existe de relations entre hommes et femmes que si le plaisir est présent sans aucune contingence. Tous deux sont physiologiquement complémentaires mais restent indépendants voire indifférents. L'épouse n'existe qu'en tant que femme, dès qu'elle devient mère, elle meurt. La femme n'acquiert d'identité qu'avec le passage à l'acte sexuel. Seule exception : Clémentine qui se réalise pleinement dans l'enfantement. Elle est la seule à enfanter, et dès lors ne répondra plus aux avance d'un homme qui se cherche. Si l'animalité féminine est révélée, elle n'implique pas l'animalisation de la condition féminine telle qu'elle existe dans le monde cruel que nous avons décrit. La femme demeure avant tout, objet de désir, de possession, son individualité est entièrement rejetée. SEule Clémentine a droit à la parole car elle a pris conscience de son corps en devenant mère.

Dans ce roman, l'épisode de l'enfantement est une apothéose du corps physique de la mère et de son morcellemebt. Ce passage rappelle la philosophie du corps comme primat de l'être ; le corps est l'endroit dont tout part et où tout revient : "elle se remit à hurler car son ventre lui rappelait soudain qu'elle y avait très mal". Comme l'indique le pronom adverbial, le corps reste un lieu. La somatophobie apparaît, le corps est bourreau. CEt accouchement s'effectue dans la plus grande douleur et, est comparé à un enterrement : "vêtue de blanc comme pour un enterrement chinois". Ce sont les relations sexuelles et amoureuses que l'on enterre, comme si donner la vie implique forcément de faire mourir quelque chose en soi et, pris au premier degré, de faire taire sa libido. "...toute cette souffrance n'aura servi qu'à cela et à me faire mal tout le temps", la brûlure de la douleur interdit l'assimilation aux autres et ramène l'individu à lui-même. A cela s'ajoute l'intemporalité traduisant un problème d'identité : accepter son corps, c'est s'accepter soi-meê. Une scène d'agonie reprend ce thème de la mort : "la mère haletait(...) hurlait (...) la femme gisante, le corps arqué, s'efforçait de tous ses membres. Elle poussa de longs cris successifs." La vie est le souffle de la mère qui devient voix, entité. CEs cris signifient la puissance de la vie à l'état brut ; libératoires pour celui qui meurt, ils symbolisent l'exubérance de la vie. Ce corps "arqué" se transforme en une femme "brisée" ; ainsi en donnant la vie, Clémentine s'humanise, ou pour le moins devient un être vivant puisque sa seule sensibilité est physique. Durant tout cet épisode les seuls marqueurs du temps, sont la douleur, le souffle ; l'enfantement correspond à la mise à mort de la faute : "Elle n'a rien fait de mal(...) -Et qu'est-ce qu'elle a fait de bien ?"

Au souffle de la mère correspond le déferlement des éléments, cette naissance s'inscrit donc dans une double temporalité : humaine et naturelle. Le corps, et par-delà la femme-mère encore indéterminée, puisque son prénom reste alors inconnu, acquiert une fonction sacrée. Cette fonction se révèle grâce à l'attitude de l'homme-père ; il reçoit les mots, les cris, les coups, mais il ne souffre pas dans son corps ; il capte la vie par procuration. Il demeure impuissant face à sa femme. Le droit à la parole est proportionnel à la souffrance physique. L'épisode de l'enfantement correspond au développement du règne de l'instinct, de la matière, de l'ensemble des forces profondes qui nous animent. L'acceptation de toute animalité devient condition d'épanouissement. Le corps se fait porte-parole et la souffrance argument d'autorité.

Clémentine découvre son corps en aveugle, c'est l'apprentissage du corps maternel en tant que corps nourricier. Elle devient auto-suffisante, et pleinement suffisante pour penser son "droit de vie et de mort sur les trois choses". Peu à peu, la mère ultra-protectrice, la Génitrix se révèle : dominatrice et cruelle par instants, elle nourrit ses enfants mais elle reisque de les maintenir à leur niveau d'enfant et d'entraver leur niveau spirituel qui les rendrait autonomes àson égard. Les déesses-mères présentent ce double aspect de nourrice tyrannique, de mère castratrice et jalouse.

La maternité elle-même n'est pas exempte d'animalité et d'animalisation. L'éducation que Clémentine donne est très dure : en apprenant qu'ils marchent, elle décide de leur faire poser des sabots par le maréchal-ferrant. Nous voilà dans une première étape du dressage. En effet, dès qu'ils adoptent la position verticale, les trumeaux deviennent autonomes.

Clémentine, dans ses délires maternels, passionnels, comparent ses petits à de petits animaux : "les animaux le font bien avec leurs petits... peut-être qu'une bonne mère doit le faire", "elle lui saisit délicatement les fesses, les écarta un peu et se mit à lécher. Soigneusement. Consciencieusement."

Cette passion dévorante devient de plus en plus castratrice ; Clémentine enferme ses enfants dans "trois petites cages", afin qu'aucun danger du monde extérieur ne les atteigne. Il s'git pourtant de risques, d'accident spurement imaginaires comme en témoignent les nombreux monologues intérieurs de la troisième partie. Clémentine est une mère castratrice : seuls la puissance créatrice et la magie du monde enfantin permettront aux trumeaux de recouvrer cette liberté perdue.

Si ,enfermer ses enfants reflète une grande cruauté malgré toutes les excuses que al mère trouvera, il faut noter que l'animalisation des trumeaux n'est pas choquante. En effet, à plusieurs reprises, on relève que ces enfants s'apparentent à des mutants : "ils étaient étonnamment avancés pou leur âge. Grâce auclimat et aux soins reçus". Dans un premier temps -juste avat d'être ferrés- ils sont d'abord "végétalisé" après avoir quitté leur état lymphatique. Seul le corps est expressif, source de langage. "Citroën se retournait et lançait à son père un regard noir (...) cet air de provocation et de défi" Toute communication avec le monde des adultes est mimétique.

Dans la troisième partie du roman, ces enfants ont entre 4 et 6 ans, ils jouent sans cesse. La description des jeux et la découverte du corps s'inscrivent dans l'imaginaire de ces enfants. LE jeu suractive l'imagination, stimule l'émotivité ; c'est un univers à lui seul, dans lequel l'enfant crée toutes règles en toute liberté. Face à cela : le monde de la maison avec ses ordres et ses interdits. Le corps est épris de liberté et setransforme en enfant-oiseau. Le monde des trumeaux se révèle supérieur à celui des adultes, dans la mesure où ils peuvent les leurrer. C'est le règne de l'ailleurs. Cet ailleurs que personne ne peut imaginer puisque, même enfermés, ils savent s'évader :

"Citroën regardait ses mains en clignant de l'oeil. Quand il clignait d'une certaine façon, il lui pourssait deux doigts de plus. Demain il apprendrait ça à ses frères."

écriture Analyse Littéraire oeuvre de référence

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